Yoga et algorithmes : reprendre le contrôle de son attention
Vous prenez votre téléphone pour vérifier l’heure. Vingt minutes plus tard, vous êtes toujours là, à faire défiler des vidéos dont vous aurez tout oublié ce soir. Cette scène, beaucoup la connaissent, et rien de honteux là-dedans : des équipes entières travaillent chaque jour à la rendre possible.
Ce modèle porte un nom, l’économie de l’attention. Mehdi Khamassi, chercheur à l’ISIR (Sorbonne Université, CNRS, Inserm), la décrit comme un système qui capte notre attention et la maintient engagée pour faire monter le prix des espaces publicitaires. Dans un entretien publié par Sorbonne Université, il explique que les interfaces des réseaux sociaux nous installent en mode réflexe : le fil défile, la vidéo suivante démarre, la notification appelle un clic, et la décision délibérée s’efface peu à peu.
Ce que la dispersion fait à votre tête
Les likes et les notifications activent notre système de récompense, avec la dopamine comme messagère. Le même chercheur rappelle que jongler entre plusieurs écrans abaisse la mémorisation et la compréhension, alors que l’on se croit capable de tout mener de front.
Chez les personnes que nous accompagnons, cela prend des formes très concrètes : relire trois fois le même mail, perdre le fil d’une conversation, abandonner un livre au bout de deux pages. À la fatigue s’ajoute une impression étrange, celle de ne plus se commander soi-même.
Le corps, premier terrain d’entraînement
Le Hatha Yoga classique commence par le corps, et pour de bonnes raisons. Une posture tenue avec précision occupe l’attention tout entière : l’appui des pieds, la longueur du dos, la respiration qui accompagne. Le corps, lui, ne peut être qu’à un seul endroit : dans la posture, ici, maintenant. Séance après séance, cette capacité de rester sur un seul point se transporte dans le reste de la journée, au bureau comme devant un écran. Elle repose sur la science du Hatha Yoga, pratiquée depuis des millénaires.
La respiration, un interrupteur à portée de main
Quand l’esprit s’emballe, la respiration est le levier le plus rapide. Quelques minutes de respiration lente ralentissent le rythme intérieur et rendent moins pressante l’envie de vérifier l’écran. Beaucoup de nos élèves le constatent dès la première séance, notamment avec la respiration alternée.
Une attention qui choisit
Avec le temps, une autre capacité apparaît : observer ses pensées sans les suivre. Les notifications continuent d’arriver, mais l’envie d’y répondre au quart de tour perd de sa force. Vous retrouvez cet espace entre le stimulus et le geste, où se loge la liberté de choisir. Nous avons écrit sur la maîtrise des pensées incessantes si ce point vous parle. La technologie reste un outil précieux, et une attention stable permet de l’utiliser quand vous le décidez.
Pour essayer dès ce soir : posez votre téléphone dans une autre pièce, asseyez-vous cinq minutes, le dos soutenu, et suivez votre respiration. Chaque fois que l’esprit s’échappe, revenez simplement à lui. Les premiers jours, il s’échappe souvent, et chaque retour compte comme une répétition.
L’expérience derrière cet article
Paul-Emmanuel Renault, fondateur d’Esprit Calme, pratique le yoga depuis 34 ans. Formé pendant 1750 heures à l’Isha Hatha Yoga School en Inde, il enseigne depuis huit ans et a accompagné plus de 1500 personnes, en stages, en retraites et en coaching individuel. Pour savoir où se loge votre propre stress, le test de profil proposé sur la page coaching vous donne une première réponse en cinq minutes.

